L'eau douce - Chants et gens de l'eau douce

Chants de la batellerie et des métiers de l'eau

A l’écoute du récit de leur vie et de leur quotidien, on s’aperçoit que « les marins d’eaux douces » sont érudits dans bien des domaines.

Ceux dont la mémoire est encore vive, ont encore beaucoup à nous livrer et à nous transmettre,mais malheureusement, peu d’oreilles se tendent.

Ainsi, meurent, le vocabulaire, les expressions populaires, les dictons, les termes techniques, les légendes, les chansons et la mémoire avec leurs détenteurs.

Suivant les pas des anciens trouvères, passeurs de mémoire, bardes et saltimbanques :

" Mes chansons sont tirées de mes carnets de route et de bord entre terre et mer sur canaux et rivières.

Passant d'une voie à l'autre, c'est avec ma voix que je redistribue le fruit de ma pêche, ferrant par-ci par-là, récits, anecdotes, légendes et témoignages de la vie du "peuple de l'eau".

 

N'y cherchez pas de la grande poésie, de la grande littérature, des belles phrases ou des beaux mots,

mon travail d'écriture est brut, j'écris comme ça me vient, comme je le vois, comme je l'entends et comme

je dois le transmettre, sous la forme qui est ce qu'elle est : sans calcul, sans ésthétisme, sans fioritures mais fidèle aux expressions et langages du peuple.

Il en est de même pour les musiques.

 C'est à ceux dont je croise le chemin, et qui alimentent mon insatiable curiosité, que je dois ces petits bouts d'aventures résumés en quelques minutes.

 Si j’ai créé ce répertoire, c’est pour vous livrer ces petits bouts d’aventures.

 Pour d’une part, partager mes passions, mes recherches, mes chansons, mes musiques et faire parler ceux qui n’ont pas la parole, que l’on oublie ou que l’on ignore et dont on méconnaît les richesses.

 D’autre part, parcequ'un public en fait la demande.  

 J’ai commencé le métier de marinier à bord d’un vieux Freycinet mixte, gouvernable à  l’aminteau, 30 ans après, je me suis embarqué comme matelot à bord d’un « cachalot » tout frais sorti du chantier, équipé d’un pilotage automatique.

De canaux en rivières et jusqu'au fleuve royal, j'ai embarqué à bord des navires que l'on nomme "les vieux gréements" afin de vivre et de ressentir la mer dans le sillage des marins d'antan.

Les bateaux ont changés, les hommes de bord aussi, mais la navigation continue et avec elle, la vie à bord.

 

De cette vie, naissent des amitiés, des aventures, des récits, des contes, des légendes, des chants et des héros.

D'autres passeurs de mémoire se font les chantres des eaux et de leurs gens, puisant dans le répertoire tarditionnel des chansons anciennes ou créant leur propre littérature contemporaine.

Cette page est donc consacrée aux chants, contes et récits d'eaux douces.

Du passé et du présent.

Les flotteurs, les forestiers

Les Flotteurs, les forestiers

 

C'est dans la Vosges Lorraine que ces camps-volants se traînent

Dans les forêts de sapins des sautrés et des lutins.

Les uns sont gens de la terre, les autres des bateliers

les uns maîtres de rivière et les autres forestiers.

 

L'ont dit de ces boisilleux, maraudeurs et rebouteux

qu'ils ne craignent point le diable, ni l'enfer et tous ses feux.

Demandez donc aux meuniers tout du long de la vallée

d'vous en causer d'ces sâprés, les flotteurs, les forestiers.

 

Gardez vous de les croiser un beau soir au coin d'un bois,

ces va-nu-pieds, ces sorciers, malandrins et hors la loi.

Les sagards à la cognée, les oualous à bolloyer

Peuples forts mais désoeuvrés sont les flotteurs, les forestiers.

 

Quand les tronces ont bien séchées avant qu'au port soient menées

ils confectionnent la flotte sur La Fave, le Taintroué.

Même si le bon St-Nicolas daigne bien les protéger

souvent boiteux, éclopés sont les flotteurs, les forestiers.

 

Quand à l'automne, les voiles arrivent à destination

il faut rentrer au bercail, faire rougir le tison.

35 lieues sabots aux pieds pour rejoindre son foyer

la saison est terminée pour les flotteurs, les forestiers.

 

C'est dans la Vosges Lorraine que ces camps-volants se traînent

dans les forêts de sapins des sautrés et des lutins.

Les uns sont gens de la terre, les autres des bateliers

les uns maîtres de rivière et les autres forestiers.

 

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Chavans mariniers - Manu Paris

Les Chavans mariniers

Dans la vidéo ci-dessous, vous entendrez Manu Paris qui nous parle du renouveau de la batellerie,

de la naissance d'une passion et de la culture populaire liée à la batellerie en Bourbonnais.

Manu Paris est musicien, chanteur, compositeur au sein de l'association La Chavannée.

Il joue et chante notamment dans le groupe de chansons marines Vent de Galarne.

Comment passe-t-on de musicien à marinier ?

C'est un long cheminement, un apprentissage laborieux, une pratique régulière,

des techniques à acquérir et un savoir faire sans ombrage.

Entretien 1 partie

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L'équipage des Chavans - Blog

La Chavannée

Arts et traditions populaires en Bourbonnais

La batellerie des Chavans

Février 1969 : un « club de jeunes » est créé au sein du foyer rural de Château-sur-Allier par Jacques Paris dans l'idée d'animer une petite commune rurale, puis la constitution d'un groupe folklorique dans le but de faire renaître les vieilles coutumes (principalement) du Bourbonnais et promouvoir le folklore.

Ils sont situés à Châteaux sur Allier.

Très vite la Chavannée a commencé à faire du collectage dans le but de réparer le lien des traditions entre les anciens et les plus jeunes.

1er juin 1969 : les premières danses sont présentées dans la cour de la « grande école » à Château, lors de la fête de fin d’année. 

Au fil du temps, La Chavannée évolue, s'entoure d'adhérents actifs, cultivés, passionnés, de chercheurs et de beaucoup d'artistes.

Ils font revivre les traditions et parmi elles, celle de la batellerie.

Le départ de l'histoire batelière,

c'est quand Manu Paris s'est vu offrir une pointe de bourde.

Quand on lui a expliqué l'usage de cet outil, il a commencé à vouloir retrouver tous les gestes des hommes de la rivière.

Manu, musicien-chanteur passe très vite de "savant musicien" à "Chavan-batelier" et s'investi dans cette entreprise assez folle de reconstituer et faire revivre la batellerie d'Allier-Loire et de rencontrer des charpentiers de marine de Loire pour reconstituer une mini flotte de bateaux traditionnels.

Depuis, l'équipe des mariniers chavans n'a cessé de grandir: aujourd'hui 14 bateaux et une vingtaine de mariniers.

Une maison de la batellerie est créée dans une maison entière située dans le quartier historique des mariniers, avec une partie musée et la reconstitution d'un logement de charpentier en bateaux. 

Une barque à deux levées, construite par l’atelier Bissonnier dans les années trente, est conservée sur son chariot d’origine : une rareté parmi d’autres…

La visite permet de découvrir la vie quotidienne des hommes de l’eau et la tradition locale des « chantiers à bateaux ».

L’exposition permanente sur l’ancienne batellerie de l’Allier est ouverte au public depuis l’Ascension jusqu’aux Journées du Patrimoine (sept.), rue du Trou Gandou, au Veurdre, les dimanches et jours fériés de 15h à 18h.

Ils créent "La fête de la rivière" en Mai toujours le Jeudi de l'ascension avec concerts, navigation sur l'Allier, expositions, bal folk ...

Les Chavans se font batelliers, naviguent et chantent la batellerie en créant le groupe "Vent de Galarne".

Le blog "Hors du temps" rend compte de l'activité batelière des Chavans.

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Les Sagards et les Walous

C'est l'histoire d'un sagard et d'un oualou !

Le sagard

Celui-ci comme tant d'autres de ses confrères « boisilleux » faisait sa saison de coupe en forêt, travaillant le jour et dormant la nuit dans sa hutte.

Comme tant d'autres de ses confrères « boisilleux », il avait quitté le foyer familiale ou la ferme et y reviendrait après quelques mois d'un dur labeur.

Le oualou

Il lui arrivait de faire affaire avec un batelier flotteur de voiles ( la voile est un assemblage de bossets autrement dit de radeaux formant un train de bois flotté), communément nommé oualou en Lorraine, en lui vendant ou en lui troquant quelques harts (jeunes branches flexibles servant à lier les billes de bois en radeaux) que le flotteur n'aurait pas à aller chercher dans les bois, d'autant que la fourniture en harts était très réglementée et contrôlée, ce qui n'empêchait pas quelques trafiques entre sagards et oualous.

Le métier des uns étant dépendant de celui des autres, ils s'accommodaient tant qu'ils le pouvaient pour satisfaire leurs affaires mutuelles et quelques fois individuelles car le salaire d'un sagard étant d'un peu inférieur à celui d'un oualou, il fallait trouver de quoi grossir le pécule et renflouer ce qui avait été bu.

Tous accomplissaient des exploits, les sagards par les dangers de la coupe, les oualous par le danger des chemins de l'eau et tous deux par leur résistance aux pénibles conditions de travail, à la faim, à l'insalubrité des cabanes et la rigueur du climat.

A cette époque plus de 200 oualous pratiquaient le flottage des rives de la Meurthe, de la Moselle française à la Moselle allemande et au-delà car le bois Vosgien était prisé des chantiers de construction de bateaux en Hollande. Le bois de chauffage étant réservé à la consommation locale et régionale.

On disait de ces oualous : qu'ils avaient « mauvaise tête mais bon coeur », « qu'ils ne manquent ni de cœur ni d'estomac » ou encore qu'ils sont « hâbleurs et râleurs ».

S'ils étaient la gloire du pays, choyés par les aubergistes, admirés de certains riverains, ils n'en étaient pas moins diabolisés par les meuniers, les éclusiers et les industriels des usines riveraines obligés de cesser leurs activités à cause du « bran » (courant) qu'il fallait provoquer pour faciliter le passage de la flotte.

La saison touche à sa fin et force est de constater que le sagard va s'en revenir bien moins riche que prévu et qu'ainsi la honte et le déshonneur le poursuivront jusqu'à la prochaine saison si cette dernière ne s'avérait pas plus fructueuse.

Les harts seront désormais payables uniquement en monnaie sonnante et trébuchante avec une légère hausse en dédommagement des risques encourus.

La bagarre et les coups.

Mais le oualou ne voyait pas ça du même œil et les voilà qui haussent le ton, qui gesticulent et qui s'empoignent par le col. Alors le dôleur (chef d'équipe) intervient et tout en bottant le cul du sagard, le redirige vers le chantier.

Quel temps perdu pour le oualou qui va devoir trouver puis tailler et mouiller ses harts lui même sans se faire remarquer ou sans avoir à justifier d'où ou de qui il les tient.

Ah ! Il le maudissait le sagard, le oualou !

Il lui tordrait bien le cou le oualou, au sagard !

Pour lui avoir fait ce mauvais coup, le sagard au oualou !

La voile est en marche, les oualous coiffés d'un large chapeau noir, acheminent lentement le train de bois qui prendra de la vitesse un peu plus loin et qu'il faudra gouverner habilement à l'aide du « forêt » et du « cheval » (perches) sans abîmer ni les bois, ni la marchandise qu'ils transportent, ni les berges.

Raon l'étape la voile est arrivée.

La tappe étant payée, de la Meurthe ses hôtes libérés, le oualou s'en va au cabaret où il est un habitué.

En chemin, son oreille expérimentée est attirée par un cri sourd provenant de la rivière en contre bas où se tournent rapidement ses pas. Son regard expert scrute rapidement la surface des eaux et il lui fallu peu de temps pour apercevoir une tête et deux mains qui s'agitaient énergiquement.

Sans se dévêtir, le oualou plonge depuis la berge pentue et disparaît sous l'onde trouble.

Au bout d'un instant, un autre cri et soudain la tête et les mains qui s'agitaient surgirent de la surface puis en s'élevant, dévoilèrent du visage jusqu'à la taille, une fort jolie demoiselle que le oualou ramena saine et sauve sur la rive luisante et boueuse.

Elle s'était aventurée hasardeusement et rêveuse, bien trop au bord glissant de la rive alors que sa mère l'avait envoyée chercher du lard pour la soupe et des provisions en prévision du retour de son père qui n'était autre que le fameux sagard !

Ce fait divers ne passant pas pour chose banale dans ces contrées, le colportage de rumeurs toujours d'usage faisant la joie des récuspotos comme ont dit à St-Dié, on eu tôt fait d'en faire railleries et sornettes.

Trois jours après le départ du train de bois, la saison du sagard étant achevée, c'est à pied, accompagné d'autres forestiers, qu'il prit le chemin du retour pour trois bons jours de marche.

Comme tant d'autres de ses confrères « boisilleux » il va au cabaret pour boire et fêter la fin de la saison d'enfer avant de retourner à son foyer!

Depuis le jour du sauvetage, au jour du retour du sagard, les avis et versions des faits divergeaient selon la clientèle du cabaret qui se composait de deux groupes.

Ceux qui disaient à haute voix que l'imprudente n'avait rien à faire de ce côté et que sans l'héroïsme dont avait fait preuve le courageux oualou, la demoiselle serait morte noyée et emportée par les eaux.

Ceux qui à voix basse disaient des choses comme : « Poule mouillée, poule à plumée ! »

Quand les sagards entrèrent dans le cabaret, il n'y avait plus beaucoup de oualous étrangers, la plupart d'entre eux avaient pris la route du retour le long des chemins de halage car ils venaient de plus loin, de St-Nicolas de port, de Nancy ou Frouard.

Étaient présents seulement, ceux qui étaient de Raon ou à proximité.

On se salue, on va s'asseoir et on commande à boire.

« Qu'elles nouvelles apportez vous les oualous ?! »

Parce qu'il faut dire que la mobilité, caractéristique essentielle des oualous, faisant partie intégrante du monde de la batellerie, qui leur faisaient voir du pays,

facilitait le colportage des nouvelles et des messages personnels des gens de la montagne à ceux de la vallée et inversement comme cela se pratiquait entre éclusiers et mariniers.

La question tombait à point.

« La nouvelle, c'est que j'connais un sagard qui, au oualou va payer à boire ! » lança le patron derrière son bar.

« Bah ! Mon 'ieux t'sé pas tout ! Te woua wouar !» dit encore le oualou.

On fit silence dans la salle, tous les sagards assis autour des tables, les oualous tous à un bout du comptoir, à l'autre bout, les clients ordinaires et tous avaient un air expectatif et hagard.

« C'est qu'il a sauvé ta fille des eaux l'sâpré ! » dit le cabaretier.

« Et même qu'il aurait pu y laisser sa peau » répliqua un des oualous.

« Oualà c'que c'est d'traîner ! » envoya un client habitué.

Non de bois de petits pois !

La bagarre éclata lorsque l'un des oualous accoudé au comptoir dit au sagard : 

« Pas sûr qu'elle fut aussi vierge en sortant des eaux qu'elle ne le fut en y entrant ! »

Ce fait divers se répandit partout dans le pays et c'est sans doute à cette occasion que naquit la chanson des sagards et des oualous.

Flottage le oualou

Les Sagards et les Oualous op2

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