La guinguette leur claque la porte - Nabum le bonimenteur de Loire

Constat navrant des déboires d'un bateleur de Loire

 

 

Les bateleurs n’y ont plus leur place.

 

La mode en bord de Loire est à la guinguette. C’est tendance, c’est dans le vent d’autant plus aisément qu’on y partage la musique et le repas en plein air. Quelques tables, un bar, une installation sommaire et le tour est joué. Ajoutez-y une scène ou un petit espace scénique et vous avez les ingrédients pour passer de belles soirées d’été en compagnie d’amis.

La mode attire toujours les requins : ceux qui ont les dents longues et sont peu enclins à se soucier du respect de l’esprit. Car voyez-vous, pour eux, ce genre d’endroit est surtout une belle opportunité d'imposer leurs goûts musicaux, de se faire quelque argent sur le dos des gogos tout en renforçant la domination d’un genre sur un autre ou simplement de faire place aux copains dans le mépris de la diversité et de la tradition.

On ne peut se réclamer du terme guinguette et tourner le dos à la musique des parquets, au chant francophone et à une certaine conception du partage musical. Il en faudrait pour tous les goûts et toutes les générations ; ce n'est certes pas le cas ici où on ringardise d’entrée ce qui ne convient pas à ces jeunes loups ou à ces vieux beaux qui sont dépositaires de la programmation.

Dehors, les chanteurs à texte, les diseurs d’histoire, les amoureux du bal musette et les musiciens traditionnels. Ici, on veut un public jeune qui viendra boire et faire la fête. Les vieux, les nostalgiques, les cultureux, les intellos n’ont qu’à passer leur chemin : la nouvelle guinguette n’est pas tolérante, elle est dans l’esprit du temps.

Il faut y faire du bruit, laisser place exclusivement aux musiques amplifiées, aux groupes exotiques, aux ensembles hétéroclites à consonance étrangère. Chanter en français n’est plus de saison. Il faut repousser l’idée que les paroles ont la plus petite importance dans une chanson. La guinguette réclame des musiques de fond qui permettent de boire, manger et discuter sans faire l’effort d’écouter.

Nous avions été invités dans un de ces estaminets de l’éphémère, installé en bord de canal et de Loire. Nous y avions distrait et fait rêver un public familial, celui-là même qui déplaît tant aux nouveaux prescripteurs musicaux. « Promis, juré, craché, vous serez dans notre programmation l’an prochain, d’autant plus qu’on vous a demandé de venir gracieusement cette année ». Les belles promesses n’engagent que les naïfs et nous sommes de la revue et pas du catalogue 2016.

Car voyez-vous, la programmation a été confiée à des professionnels de la chose, un tourneur qui ne prendra pas la peine de venir nous écouter et s'enquérir de ce que nous proposons. Son idée est forcément faite à l’avance : c’est de la merde, c’est vieillot, c’est pas dans le projet de notre nouvelle guinguette. Nous allons redonner un coup de ripolin et pour ce, il est préférable de faire avec du neuf !

Je souhaite bonne chance à ces gens si méprisants. Ils vont sans doute être surpris de la virulence du propos : je leur dois bien ça, tant leur message de rejet fut mal vécu et d’une indélicatesse honteuse. Ils ont la prétention de connaître le goût du public en évacuant une partie de celui-ci. Si la démarche n’est pas nouvelle, qu’elle se fasse sous mandat d’une municipalité me semble être scandaleux. Le propre de tel établissement festif, provisoire et convivial devrait être d’accueillir la diversité et non d’établir une hiérarchie en fonction d’un public visé.

Qu’ils aillent au diable puisqu’ils m’ont jeté dans le canal. Je me charge de leur accrocher cette jolie casserole aux fesses. Je m’offre cet ultime plaisir de leur sonner les cloches Bollée avant de tourner le dos à ces gens trop importants pour qu’ils daignent s’intéresser à un modeste bateleur et son ami le ménestrel. Nous ne jouons pas dans la même cour que ces gens-là et j’en ferai part à ceux qui ont mis en place de tels gougnafiers. C’est le seul plaisir que m’offrira cette nouvelle guinguette si tendance !

Orphéonnement leur.

Lien : Chroniques au Val

http://www.chroniques-ovales.com/2016/06/la-guinguette-nous-claque-la-porte.html#ob

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