goutte

Rosie la goutte ou le mystère de l'anima mundi

Rosie la goutte est une perle de rosée,

posée une nuit de pleine lune, sur le pétale d'une jonquille gracieusement penchée au dessus d'un petit filet d'eau,

ruisselant de la source même de la Moselle, à Bussang (Vosges).

Aux premières lueurs, Rosie devine que ses heures sont comptées car, l'aube naissante, les rayons du soleil auront bientôt raison d'ailes.

Venue du ciel, Rosie porte en elle toute la mémoire de l'univers.

La nuit touchant à son terme, au point du jour, s’asséchera la goutte sur le pétale, ce dernier sera nourrit

de cette mémoire et ainsi, la plante toute entière jusqu'à son trépas.

Tel est le dessein de dame nature.

Rosie la goutte sent que c'est du gâchis, car la mémoire de l'univers peut servir à bien plus d'êtres vivants qu'à un seul.

De plus, une jonquille a une espérance de vie limitée car bientôt des cueilleurs s'en viendront lui couper la tige.

(si elle savait de surcroît que ce serait pour la planter comme décor sur un char de cortège servant à transporter une créature qui ferait

l'orgueil d'un village et la prospérité d'une région aux mains d'affairistes déshumanisés et hérétiques, qui ont perdu tout sens du sacré!)

 

« Si la mémoire de toutes choses est en moi, suis-je moi même en toute chose ? » se dit Rosie la goutte.

Pour le savoir, il faut aller voir dans toute chose et pour aller vers quelque chose, il faut d'abord le nommer, l'épeler en un son singulier,

diriger l'onde au fil de sa volonté, de son intention, de sa pensée créatrice.

La magie fait qu'à l'instant ou la chose est nommée, une image est créée, l'onde prend forme.

La quête est proclamée : «  Il faut donc aller à la rencontre de toutes choses pour percevoir si toute chose contient bien

sa mémoire et si j'y ai une place, histoire de vérifier que tout est bien à sa place ».

 

Perchée sur le pétale, Rosie regarde d'en haut le filet d'eau qui chemine vers l'inconnu, là où se trouvent toutes les choses.

Ce filet d'eau constitué de ses semblables en amas de gouttes d'eau, forme un ensemble plus résistant aux morsures

des rayons du soleil, plus fort et plus constant face aux épreuves du temps, lequel à l'instar du chemin d'eau qui deviendra rivière,

poursuit inlassablement son interminable parcours dans la constance du mouvement.

Isolée Rosie ne résistera pas au funeste destin qui sera le sien lorsque la chaleur de l'astre solaire l'aura dispersée en vapeur

légère et éthérée, alors elle se laisse glisser de son écrin doré et plonge dans le ruisseau.

Petit filet qu'il est au départ de sa source, il va grandir, grossir, se métamorphoser et se confondre avec le principe qui l'a créé

et duquel il participe en véhiculant la mémoire de toute chose par le moyen de l'onde.

Ce qui fait qu'onde donne naissance, car né de l'essence.

C'est en tout cas ce qui fait sens en la bulle Rosie.

 

Faite onde, Rosie la goutte, va entreprendre un voyage qui la mènera de la source au grand tout, c'est à dire,

à la mer située à la fin des terres, là où tout fini, mais là où tout commence aussi.

 

Ainsi le lieu, l'espace et le temps nous chantent en choeurs le début, la fin, le recommencement,

la continuité, le cycle infini, l'éternité comme principe, en tout ce qui est.

Rien ne meurt, tout se transmute, rien n'a de fin, tout continue.

L'eau qui coule sans fin en est l'illustration et le témoin.

 

Rosie la goutte surmontera maintes épreuves durant son périple de la rivière à l'océan, fuyant la timbale d'un Sautré,

se faisant avaler par une Vouivre, tombant du haut d'un barrage, d'une passe à poisson, poussé par le flot d'un bran,

passant dans le sas d'écluses, dans le baque à linge d'une lavandière, entre la pierre et l'acier d'un rémouleur,

dans les pales du moulin d'un meunier, dans la nasse d'un pêcheur, dans le seau à laver le pont d'un bateau et enfin dans un marais salant.

Le sel nourrira l'homme qui ainsi, gardera à son tour toute la mémoire de l'univers, mais dans un endroit inaccessible du siège de son esprit.

C'est pour cela que l'homme est si agité et qu'il en souffre.

Le sel est le souffre de ce que l'homme endure parce qu'il est rude, amer et dur, mais la mer n'en a cure !

Rosie la goutte fini son parcours en disant à ces messieurs :

« L'air m'a faite eau, le feu m'a fait taire, l'onde m'a faite forme, je vibre d'univers ». « Je suis dans chaque chose et chaque chose et en moi ».

 

La boucle est bouclée ! De l'éther à la matière, de la source à l'unité, Rosie la goutte illustre le principe d'immortalité

au travers de son parcours initiatique qui la fait passer par des états différents jusqu'à atteindre la quintessence,

qui est la seule condition requise pour parvenir à la conscience de sa survivance, au-delà de la matière, du tangible et du visible.

Tout ce qui vient d'en haut et se pose ici-bas, tout croît tout se métamorphose, c'est ainsi que la vie va.

Du haut vers le bas, du bas vers le haut, comme vague, comme l'onde.

 

Voir "La nuit des poses"

Rohan Le Barde

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