eau

Les flotteurs, les forestiers

Les Flotteurs, les forestiers

 

C'est dans la Vosges Lorraine que ces camps-volants se traînent

Dans les forêts de sapins des sautrés et des lutins.

Les uns sont gens de la terre, les autres des bateliers

les uns maîtres de rivière et les autres forestiers.

 

L'ont dit de ces boisilleux, maraudeurs et rebouteux

qu'ils ne craignent point le diable, ni l'enfer et tous ses feux.

Demandez donc aux meuniers tout du long de la vallée

d'vous en causer d'ces sâprés, les flotteurs, les forestiers.

 

Gardez vous de les croiser un beau soir au coin d'un bois,

ces va-nu-pieds, ces sorciers, malandrins et hors la loi.

Les sagards à la cognée, les oualous à bolloyer

Peuples forts mais désoeuvrés sont les flotteurs, les forestiers.

 

Quand les tronces ont bien séchées avant qu'au port soient menées

ils confectionnent la flotte sur La Fave, le Taintroué.

Même si le bon St-Nicolas daigne bien les protéger

souvent boiteux, éclopés sont les flotteurs, les forestiers.

 

Quand à l'automne, les voiles arrivent à destination

il faut rentrer au bercail, faire rougir le tison.

35 lieues sabots aux pieds pour rejoindre son foyer

la saison est terminée pour les flotteurs, les forestiers.

 

C'est dans la Vosges Lorraine que ces camps-volants se traînent

dans les forêts de sapins des sautrés et des lutins.

Les uns sont gens de la terre, les autres des bateliers

les uns maîtres de rivière et les autres forestiers.

 

Lire la suite

Histoires de pirates - Pirates dans l'histoire.

Histoires de pirates - Pirates dans l'histoire.

 

 

La piraterie du 15ème au 18ème siècle

Activisme politique ou Le rêve d’une société alternative

Loin de l’imagerie Spinalienne, des clichés et autres caricatures carnavalesques attribués aux pirates et à l’histoire de la piraterie en général, (réduite temporellement aux 17ème et 18ème siècles, alors que comme je le disais dans un article précédent, la piraterie à toujours existé et ce depuis que les hommes pratiquent le transport sur la voie d’eau).

J’aimerais dans cet article faire un résumé de ce qui apparaît au regard des ouvrages sur le sujet concernant l’aspect politique et philosophique de la piraterie.

Tout commence par le (long) processus de décloisonnement des mondes initié par l’infant Henri le navigateur, ministre de l’expansion Portugaise à l’origine des grandes expéditions maritimes Européennes (« l’infant de la mer » de Ph. D’Estailleur Chanteraine/Ed.Les sept couleurs).

Quelques dates inhérentes à ce processus : 1415 marque la 1ère installation européenne (Portugal) sur le littoral Africain avec la prise de Ceuta par l’infant Henri ; 1434, franchissement du cap Bojador par le Portugais Gil Eanes ; 1487, franchissement du cap de bonne espérance (cap des tempêtes) par Bartolomeo Dias.

A savoir que les Chinois qui connaissaient déjà l’usage de la boussole deux siècles avant notre ère bourlinguaient déjà dans la mer de Chine et au-delà à partir du début du 15ème. Sans compter à cette époque, également les Génois, les Vénitiens, Aragonais, Castillans et Français.

Je passerai l’épisode bas-moyenâgeux concernant l’épopée maritime de Brendan, sensé avoir découvert les Canaries et probablement Madère et les Açores. Il me semble tout de même important de citer les Canaries, Madère et les Açores en cela qu’elles sont en ce débutde 15ème siècle, des escales quasi obligatoires pour le ravitaillement en eau, en denrées et surtout en bois pour réparer les bateaux (Madère signifie « bois » en Portugais, était une vaste forêt).

Au-delà de ces îles, on croyait les mers peuplées de monstres en tous genres, la mer effraie autant qu’elle attire la curiosité qui bientôt aura raison des peurs avec le goût du risque et de l’aventure.

 

L’aventure transatlantique

A partir de la découverte par Colomb des îles de l’Amérique centrale et de ses richesses aurifères, les voyages des (pirates) découvreurs n’auront de cesse.

Je précise pirates car il s’agit bien de piraterie en cela que terres, biens et richesses des autochtones furent pillés et les populations décimées.

C’est d’ailleurs les génocides (à commencer par celui de Colomb aux Bahamas) qui ont incités les « Conquérants* » Européens à multiplier la traite des populations Africaines pour les envoyer sur ces îles exsangues afin d’alimenter le marché de l’esclavage.

Ainsi, Jean Cabot atteindra l’île du Cap Breton, Vasco de Gama, Calicut etc.

Tout cela empreint de désir d’évangélisation, de curiosité scientifique, ethnologique et ethnographique et sous couvert d’expansion du Christianisme masquant la soif de richesse et l’âpreté du gain pour les nantis de ce monde.

Autrement dit, de l’expansion capitaliste de quelques privilégiés de la haute société, de la noblesse et de la monarchie.

En effet, la monarchie de Philippe II d’Espagne s’impose comme étant la 1ère puissance mondiale par le jeu des alliances dynastiques.

Près d’un siècle avant, le 4 mai 1493 à Rome, le pape Espagnol Alexandre VI partage le monde entre Portugais et Espagnols en traçant une ligne de démarcation entre les possessions territoriales de ces deux nations frappant d’excommunication tout étranger qui s’aventurerait au-delà de cent lieues à l’ouest des Açores.

 

Déjà, pirates et corsaires écumes les mers et les côtes afin d’intercepter les bateaux regorgeant des richesses du nouveau monde (Colomb contraint de se mettre à l’abri à Madère lors de sont 3ème voyage, par des pirates Français).

Après la mort d’Isabelle la catholique (1504) Henry VIII esquisse les bases de la royal navy jusqu’à ce que sa fille Elisabeth1ère fasse de l’Angleterre une véritable « nation pirate ». François la Salamandre 1er du nom se lance à son tour à la conquête des Indes occidentales avec Verrazzano(1523)(New-York), les Parmentier (1529) (Sumatra) et Cartier (1534)(Canada).

Il est utile de préciser qu’à partir de 1503 en Espagne (Séville), fût créée une nouvelle cellule royale du nom de « Casa de contracion » (maison de traite) qui avait l’entière responsabilité de la navigation et du commerce transatlantique, chargée d’organiser le trafic, former un corps de pilotes, tracer les routes, contrôler la garantie des perceptions aux arrivées de la part revenant au roi, de la taxe prélevée sur les échanges et de tenir une comptabilité rigoureuse de tout ce qui sortait et arrivait en Espagne issu des courses transatlantiques.

Un système administratif et comptable bien rôdé, mais prenant des proportions telles qu’il fallut élaborer un système de contrôle où les contrôleurs (subalternes) devaient être à leur tour contrôlés par des officiers eux-mêmes contrôlés par des employés supérieurs.

Mais les vices de ce système (efficace d’un certain point de vue, ne l’était pas d’un autre) conduisait à des fraudes et activités de contrebande du fait des colons, contraint de payer des taxes (le Quint royal).

La flibuste Antillaise naquit de cette contrebande.

Autrement dit, et afin de clore ce chapitre, il est d’évidence que la piraterie résulte d’un capitalisme ambitieux, meurtrier et ne servant qu’aux élites et nantis de ce monde.

La fin du moyen âge fit donc place à la Renaissance, mais renaissance de quoi sinon celle de l’empire de Rome que l’on croyait être une marque du passé.

Idéaux révolutionnaires de l’utopie radicale démocrate « Gardiens des droits et des libertés des peuples »

Fondements sociaux

 

Le pouvoir monarchique qui dominait l’Europe et le monde à la fin du 17ème allait être soumis à controverses par des idéaux révolutionnaires pour l’époque.

En effet, les classes dirigeantes (Anglaises notamment) s’étaient attachées à instaurer un système capitaliste régulé, grâce au commerce de métaux précieux, d’épices, d’étoffes, de divers produits issus des prises mais aussi d’esclaves.

La majorité des pirates de l’Atlantique étaient d’anciens marins des navires marchands qui s’enrôlaient comme volontaires après la prise de leur vaisseau. 

La piraterie tolérée, contrôlée et quelquefois fomentée par les pouvoirs monarchiques avait longtemps servi ces pouvoirs, les besoins de l’état et la communauté marchande.

Mais son contrôle allait progressivement passer du haut de la société au bas, des hauts fonctionnaires d’état, et puissants marchands, aux petits marchands et gueux des mers. Dès 1690, marins ordinaires et pirates commencèrent à esquisser puis organiser un monde en marge et contre les dictas de l’autorité mercantile et impériale.

L’organisation sociale des pirates issue de sources ancestrales allait de l’utopie paysanne traditionnelle de la « terre de cocagne » (abolition du travail, redistribution des propriétés, nivellement des classes sociales, couverture de santé et abondance de nourriture) jusqu’aux coutumes maritimes de l’antiquité et du moyen âge imposant aux marins un partage en parts égales des richesses et des biens ainsi qu’à la mise en place d’un conseil consultatif collectif et démocratique concernant les « affaires et questions de la vie à bord ».

La piraterie qui profitait aux classes supérieures du nord de l’Europe occidentale contre l’Espagne allait devoir faire face aux droits coutumiers élaborés par les hommes de mers renégats et pilleurs.

On ne peut passer à titre d’exemple, la société des boucaniers, société multiraciale comprenant les « proscrits de toutes nations » qui comptait dans ces rangs tous les hommes et femmes ayant subi les infortunes du sort et de condition désespérée.

Ainsi, anciens prisonniers, vagabonds, prostituées, esclaves et domestiques en fuite, hérétiques, exilés et autres bannis constituaient une nouvelle société aux Caraïbes.

La culture des boucaniers prend sa source dans la vague des révoltes paysannes de France au début du 17ème siècle contre le fisc royal et la prolifération des agents de la Couronne (1630).

Cette date marque le début de la flibuste aux Antilles.

Les protagonistes de ces soulèvements populaires avaient fait preuve d’une extraordinaire capacité d’auto-organisation passant par la constitution de communes, élection de députés et promulgation d’ordonnances au nom du « commun peuple ».

A cela, il faut ajouter les idées de l’Angleterre révolutionnaire de 1660 prônées par les radicaux Anglais qui émigrèrent aux Indes occidentales à cette période.

Les sources principales de ces organisations se trouvent dans l’expérience du travail, des salaires, des codes sociaux, de l’autorité et de la vie en mer.

 

En 1701 après la guerre de Succession d’Espagne, les conditions de travail dans la marine marchande se détériores au point que bon nombre de marins, notamment après 1718 qui marque l’amnistie générale accordée aux pirates Anglais par Georges 1er, des milliers de marins rejoignent le jolly rogers, enivrés par la perspective de la libre butinerie (flibuste), de l’argent facile, de la nourriture, de la boisson mais aussi assoifés de démocratie, d’égalité, de justice et de soutien aux infirmes avec pour devise « une vie courte, mais heureuse ».

 

Pionniers des sociétés utopiques

 

A l’image de la république de Bou Regreg au Maroc qui semble avoir été l’âge d’or des barbaresques (pirates et corsaires de barbarie, c'est-à-dire de la méditerranée Maghrébine), les pirates nommaient leur « Cosa nostra », la république de Salé. Celle-ci n’étant pas qu’un repaire, mais bel et bien un concept utopique définissant une structure de société démocratique avec ses propres codes, son langage, ses institutions et biens, son économie, ses rapports humains, sa philosophie et la variété de ses peuples, constituant de fait une entité sociale particulière et identifiable.

Donc vers la fin du 17ème et début du 18ème, de nombreuses utopies pirates allaient naître au-delà de la méditerranée, ce fut le cas dans les Caraïbes avec St- Domingue et Haïti (Hispaniola), L’île de la Tortue, New-Providence et Nassau aux Bahamas, mais également dans d’autres parties du monde telles la Baie des Divagateurs et au nord de Madagascar avec Libertalia.

Concernant les Caraïbes, les boucaniers fondèrent leur société sur des bases se rapprochant de celles de la république de Salé.

Retenons en quelques points comme : Elections des officiers, bannissement des châtiments corporel, règlement des différents par un tribunal selon les règles du duel, harmonie entre les races et les classes, solidarité, absence de tutelle gouvernementales …

Le mot d’ordre étant : « Le droits des peuples et leurs libertés civiles » comme principe de résistance au droit moral de tuer et de voler (la guerre et l’impôt) appartenant aux états dits rationnels, non-laïques et capitalistes de l’époque compte tenu que dans nos sociétés modernes et à présent rien n’a changé sinon la séparation de l’église et de l’état.

Source : Utopie pirates de Peter Lamborn Wilson / Ed. Dagorno

Lire la suite

La piraterie - suite 1

La piraterie

L'expression du peuple

La piraterie existe depuis l'antiquité, sur mer, sur terre, maintenant dans les airs.

 C'est un véritable phénomène social.

 

Quand face à l'injustice, la barbarie et le totalitarisme sous toute ses formes les êtres humains n'ont plus d'autre alternative pour simplement survivre que d'attaquer l'ordre établit et ceux qui le cautionnent de quelque manière que ce soit.

Quand face au désarrois quotidien les gens n'ont pas d'autre choix que de mourir de misère, de maladie et de mépris en n'ayant pour seule perspective pour leurs enfants que de vivre dans la plus vile des soumission.

Quand les hommes et les femmes se mettent a considérer que la mort vaudrais peut-être mieux qu'une existence sans lendemain confinée perpétuellement dans le déni de leurs valeurs et de leurs besoins les plus élémentaires.

Quand la seule réponse  aux cris de souffrances et aux suppliques légitimes ne répondent que la mitraille, la répression et la brutalité sans limite des sbires indignes tirant leur pitance de la faiblesse de l'abnégation,alors s'allume les feux de la révolte qui consument les valeurs humanismes, alors la tolérance et la fraternité s'effacent pour laisser la place à la haine et à la vengeance, alors s'ouvrent les portes du mal pour engloutir ce qui fut même les plus belles âmes ...

Peu de gens sont nés pirates, peu de gens ont voulut comme idéal une vie de rapine et de fuite, peu de gens ont pu trouver in fines l'équilibre et le bonheur dans le sang, la cruauté et les larmes, mais la majorités de ceux qui se sont perdus dans l'utopie d'une victoire ultime face à l'ignominieuse prédisposition de l'homme à se nourrir de son prochain, avait-il vraiment le choix ?

Quand sa détresse, sa souffrance, quand sa voix n'est pas entendue l'homme existe-t-il vraiment ?

 La piraterie, outre l'imagerie que l'on peut s'en faire n'est pas grand chose d'autre en somme qu'une révolte face à l'intolérable, un refus de se soumettre à l'inacceptable, extrême certes, comme l'étaient les conditions de vie autrefois, ou comme le sont les conditions de vie de certains encore, maintenant ...

Une seule chose est certaine, c'est que derrière toutes les déviances et abus du système, derrière toutes les souffrances des peuples, passés et présents,derrière toute les atrocités de l'histoire de l'humanité se cachent des prédateurs, des gens de mauvaise fois et de piètre humanisme.

C'est récurent, et encore maintenant, outre les nouvelles technologies qui permettent d'arriver plus vite aux fins les plus abjectes, ces prédateurs calculent, mystifient, conceptualisent et s'érigent en "establisment".

Une de leurs armes les plus performantes, c'est le mensonge, la dénaturation de la, des réalités ...

Faire croire est leur devise, ils te diront d'aller à gauche pour que tu sois plus propre avec leur nouveau produit, mais tu mourras asphyxié de ne pas avoir bien discerner l'étiquette qui est cachée sous l'impeccable costume trois pièces a 1000 écus.

Et si, chance pour toi, tu as la lucidité et que tu ressent le besoin d'en avertir tes paires, alors pour tous, entre les tabloïdes et les méthodes de conditionnement à la désinformation tu deviendras subversif, nocif, pessimiste, ou populiste selon ...

Pour la comprendre et pouvoir espérer l'améliorer, l'histoire de l'homme, piraterie incluse doit être dites comme elle est, sale, sanglante, mauvaise, cruelle, mais aussi remplie d'amours, d'espoirs et d'avancées ...

La piraterie - Expression du peuple -

Commentaires d'internautes et connaissances partisanes

Tel le joli Rogers, l'histoire de la piraterie s'est tissée dans la trame de l'humanité en noir et blanc. 

Lui donner des couleurs qui ne concordent pas avec ses réalités c'est mettre du bleu du ciel dans le rouge du sang.

Nous artistes, passionnés, évocateurs, reconstituteurs, auteurs ou historiens, si nous sommes là, empreint d'envies et de passions, quel que soit nos philosophies et nos tempéraments, c'est qu'un jour, quelqu'un était là, présent, dans la littérature, les arts, le cinéma, l'éducation, notre vie aussi peu être ...

Et que ce quelque chose a susciter en nous ce vent de non conformisme et cette considération pour les révoltés, les insoumis, les utopies, les lumières d'humanisme, et les grands principes d'expressions d'égalité des droits et des libertés individuelles ...

Remercions ces gens qui ont su, à leur façon, perpétuer la mémoire des pauvres âmes martyrs qui ont donner leur vie pour que nous puissions avoir aujourd'hui, malgré tout, le droit de dire NON.

Montrons nous digne de tout ses sacrifices et de cette créativité en perpétuant à notre tour, chacun à notre rythme, avec nos valeurs, nos aptitudes, nos possibilités, nos limites, nos sensibilités, avec lucidité surtout, pour faire face à l'adversité, en se reconnaissant, se considérant, se soutenant, se respectant en tant que tels dans toutes nos différences. 

Soyons tolérant les uns envers les autres, reconstituteurs, évocateurs, quelques soient les formes que nous sommes susceptibles de donner à notre passion, notre fond est forgé du même idéal.

L'union fait la force, les différences font la richesse de cette force et la complémentarité augmente sa puissance.

 

 

Source : Membre FDLC : feel2fer

Lire la suite

Rosie la goutte ou le mystère de l'anima mundi

Rosie la goutte est une perle de rosée,

posée une nuit de pleine lune, sur le pétale d'une jonquille gracieusement penchée au dessus d'un petit filet d'eau,

ruisselant de la source même de la Moselle, à Bussang (Vosges).

Aux premières lueurs, Rosie devine que ses heures sont comptées car, l'aube naissante, les rayons du soleil auront bientôt raison d'ailes.

Venue du ciel, Rosie porte en elle toute la mémoire de l'univers.

La nuit touchant à son terme, au point du jour, s’asséchera la goutte sur le pétale, ce dernier sera nourrit

de cette mémoire et ainsi, la plante toute entière jusqu'à son trépas.

Tel est le dessein de dame nature.

Rosie la goutte sent que c'est du gâchis, car la mémoire de l'univers peut servir à bien plus d'êtres vivants qu'à un seul.

De plus, une jonquille a une espérance de vie limitée car bientôt des cueilleurs s'en viendront lui couper la tige.

(si elle savait de surcroît que ce serait pour la planter comme décor sur un char de cortège servant à transporter une créature qui ferait

l'orgueil d'un village et la prospérité d'une région aux mains d'affairistes déshumanisés et hérétiques, qui ont perdu tout sens du sacré!)

 

« Si la mémoire de toutes choses est en moi, suis-je moi même en toute chose ? » se dit Rosie la goutte.

Pour le savoir, il faut aller voir dans toute chose et pour aller vers quelque chose, il faut d'abord le nommer, l'épeler en un son singulier,

diriger l'onde au fil de sa volonté, de son intention, de sa pensée créatrice.

La magie fait qu'à l'instant ou la chose est nommée, une image est créée, l'onde prend forme.

La quête est proclamée : «  Il faut donc aller à la rencontre de toutes choses pour percevoir si toute chose contient bien

sa mémoire et si j'y ai une place, histoire de vérifier que tout est bien à sa place ».

 

Perchée sur le pétale, Rosie regarde d'en haut le filet d'eau qui chemine vers l'inconnu, là où se trouvent toutes les choses.

Ce filet d'eau constitué de ses semblables en amas de gouttes d'eau, forme un ensemble plus résistant aux morsures

des rayons du soleil, plus fort et plus constant face aux épreuves du temps, lequel à l'instar du chemin d'eau qui deviendra rivière,

poursuit inlassablement son interminable parcours dans la constance du mouvement.

Isolée Rosie ne résistera pas au funeste destin qui sera le sien lorsque la chaleur de l'astre solaire l'aura dispersée en vapeur

légère et éthérée, alors elle se laisse glisser de son écrin doré et plonge dans le ruisseau.

Petit filet qu'il est au départ de sa source, il va grandir, grossir, se métamorphoser et se confondre avec le principe qui l'a créé

et duquel il participe en véhiculant la mémoire de toute chose par le moyen de l'onde.

Ce qui fait qu'onde donne naissance, car né de l'essence.

C'est en tout cas ce qui fait sens en la bulle Rosie.

 

Faite onde, Rosie la goutte, va entreprendre un voyage qui la mènera de la source au grand tout, c'est à dire,

à la mer située à la fin des terres, là où tout fini, mais là où tout commence aussi.

 

Ainsi le lieu, l'espace et le temps nous chantent en choeurs le début, la fin, le recommencement,

la continuité, le cycle infini, l'éternité comme principe, en tout ce qui est.

Rien ne meurt, tout se transmute, rien n'a de fin, tout continue.

L'eau qui coule sans fin en est l'illustration et le témoin.

 

Rosie la goutte surmontera maintes épreuves durant son périple de la rivière à l'océan, fuyant la timbale d'un Sautré,

se faisant avaler par une Vouivre, tombant du haut d'un barrage, d'une passe à poisson, poussé par le flot d'un bran,

passant dans le sas d'écluses, dans le baque à linge d'une lavandière, entre la pierre et l'acier d'un rémouleur,

dans les pales du moulin d'un meunier, dans la nasse d'un pêcheur, dans le seau à laver le pont d'un bateau et enfin dans un marais salant.

Le sel nourrira l'homme qui ainsi, gardera à son tour toute la mémoire de l'univers, mais dans un endroit inaccessible du siège de son esprit.

C'est pour cela que l'homme est si agité et qu'il en souffre.

Le sel est le souffre de ce que l'homme endure parce qu'il est rude, amer et dur, mais la mer n'en a cure !

Rosie la goutte fini son parcours en disant à ces messieurs :

« L'air m'a faite eau, le feu m'a fait taire, l'onde m'a faite forme, je vibre d'univers ». « Je suis dans chaque chose et chaque chose et en moi ».

 

La boucle est bouclée ! De l'éther à la matière, de la source à l'unité, Rosie la goutte illustre le principe d'immortalité

au travers de son parcours initiatique qui la fait passer par des états différents jusqu'à atteindre la quintessence,

qui est la seule condition requise pour parvenir à la conscience de sa survivance, au-delà de la matière, du tangible et du visible.

Tout ce qui vient d'en haut et se pose ici-bas, tout croît tout se métamorphose, c'est ainsi que la vie va.

Du haut vers le bas, du bas vers le haut, comme vague, comme l'onde.

 

Voir "La nuit des poses"

Rohan Le Barde

Lire la suite