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Vocable d'eaux pour crier

Vocable d’eaux pour crier

Batiste Vignol en 2001 sort la seconde édition de « Cette chanson que la télé assassine » aux éditions Christian Pirot.

Ouvrage qui vise à dénoncer comme il dit : « le saccage d’une tradition, savamment orchestrée par les médias, les artistes eux-mêmes…et le public, qui s‘y prête ».

Vignol dans son ouvrage, dit ce qu’est la chanson, ce qu’elle n’est pas et ce qu’elle n’est plus et à qui ont le doit.

Auteur compositeur et interprète, puis programmateur dans une émission de télé, il connaît le sujet, c’est pourquoi il en parle avec justesse et réalisme. A l’issue de sa triste expérience il abandonne : « Lassé des caprices de diva … défait par des façons de faire accablantes, abasourdi par si peu d’humanité, honteux d’être d’une basse-cour, j’ai fui le paquebot dans un fou rire d’évadé, trois ans après avoir embarqué ».

Le but de cet article n’est pas de faire un résumé du livre de M. Vignol, mais de relever le vocabulaire que l’écrivain utilise dans son ouvrage par le biais d’extraits choisis.

Plus loin et en conclusion, l'esquisse d'un profil type de « figure montante » ou « groupe émergent ».

Relever le vocabulaire que l’écrivain utilise dans son ouvrage par le biais d’extraits choisis permettra de comprendre pourquoi l'intitulé cet article ainsi.

Batiste Vignol, analyse, dissèque et rend compte du déclin de la chanson telle qu’elle était conçue aux temps où l’inspiration « … Jaillissait d’une bousculade au carrefour des 4 vents… » à défaut d’être l’apanage des « rimailleurs de notre temps… » qui « …extraient de leur charabia une morale convenue et primaire qu’ils beuglent à la télévision… »

« …la chanson qui meurt, c’est une flottille qui fait naufrage et cet échouage ne change rien aux plaisirs de la baignade en solitaire ».

« La chanson, c’est un bateau qui disparaît dans le lointain… »

Les chanteurs à succès : « C’est un raz de marée de mégalomanie qui terrasse la création… »

Une nouvelle chanson : « C’est le départ d’une flottille oui, ou d’un équipage sous les baisers envolés des femmes qui restent à quai ».

« L’appareillage d’un transatlantique sous les flonflons, les guirlandes et les mouchoirs blancs qu’on agite. La chanson a largué les amarres, et elle s’en vogue à vau-l’eau ».

« La chanson avait hier le vent en poupe. Les drapeaux claquaient au grand mât. Les mouettes faisaient un ciel de confettis, l’escadrille une mer de cotillons. La digue était noire de monde. Aujourd’hui la rade est déserte.

« La chanson, c’est un yacht qui navigue vers une destination inconnue dont nul ne sait s’il reviendra ».

« …Elle aurait encore de l’allure, si l’on n’y regardait pas de trop près ».

« Entendez la sirène, elle sonne un joli tintamarre. Savent-ils qu’elle est corne de brume ? L’eau s’est engouffrée dans les entreponts. Adieu la jolie frégate ! »

« La chanson, c’est un bateau qui s’éloigne, dans la pétarade pétroleuse d’embarcations à moteur. Au loin depuis la berge, quand il n’est plus qu’une tache vague dans la houle…le navire ne sera plus qu’un souvenir. Qui s’en souciera ? La chanson est une coquille de noix qui ne captive plus personne ».

Au sujet des émissions qui naguère traitaient de la chanson, comparées à celle de maintenant : « Quand un étang s’assèche et que l’herbe le gagne, il est difficile d’expliquer au pêcheurs du dimanche qu’en réalité elle remonte ».

 « Je baigne dans la chanson Française et j’aperçois aujourd’hui son rivage. C’est un petit lac qui clapote. La source est tarie. L’eau tiédit. » « Moi qui rêvait de poissons volants ! C’est une marre aux canards».

Au sujet des comédies musicales et faisant référence à « Notre dame de paris » de Plamondon et Cocciante : « Esmeralda meurt au palais des congrès » « titrait Le Monde dans l’un des rares articles honnêtes parus dans ce ballet sinistre, noyés dans une marée noire de louanges, déversée par M6, TF1 ? Tapis Rouge et RTL, qui fit autant de désastre sur l’esprit Français que celle de l’Erika salit les côtes atlantiques. Si les Français regardaient moins la télévision, ils auraient été plus nombreux sur les plages Vendéennes à ramasser les galettes de mazout que vomissait le pétrolier ».

A propos de la culture qu’il qualifie de « Gnangnan » : « C’est le chant du cygne d’une expression qui s’enorgueillissait de montrer la voie (avec Brassens, Brel, Férré, etc), et qui s’allonge maintenant dans les eaux noires d’une sentine médiatique ».

« Partisans du moindre effort intellectuel, les Français affalés devant leur téléviseur se raccrochent à ce dont ils se souviennent encore, comme à une bouée, avant que les courants du temps ne les en défassent, en les submergeant. La mémoire est un « Titanic » qui fait chavirer avec lui les trésors d’une civilisation ».

Au sujet de Linda Lemay : « … Est une source d’inspiration gourmande… » « … Comme le Saint-Laurent qui pousserait les eaux sales de la Seine pour inonder Paris, elle redonne à notre langue, tel Félix Leclerc … La primeur de mots clairs et la musicalité de pensées embellies par le temps ». « Linda Lemay est une crue magnifique… »

« La médiocrité à tué la chanson, emmenée par la grande télévision qui se gangrène dans le déshonneur, le culte du moi et l’obsession du résultat. Les fesses en l’air sur l’autel de l’audimat. « Trop d’eau poisseuse a coulé sous les ponts pour en espérer le ressourcement ».

Voilà comment on peut utiliser le vocabulaire maritime ou fluvial pour étayer une idée, un cri, un essai, un pamphlet, un roman, que sais-je encore ?

C’est ainsi que l’auteur s’est exprimé pour défendre ce qui lui est cher, la chanson et le vocabulaire.

Nous qui sommes les passeurs d’une tradition qui veut que les chansons de notre répertoire échappent (mais pour combien de temps encore) à ce que fait la télévision de ces 20 dernières années à la chanson dite Française, soyons vigilants, dignes et exigeants, sans quoi, cet aspect que nous véhiculons de la chanson risque lui aussi de se retrouver dans ce tourbillon infernal qui participera à l’extinction d’un répertoire, d’un état d’esprit, d’une tradition, d’une culture, de l’inspiration, d’un art et de ses représentants.

Le ton est donné avec Nolwenn Leroy et les Marins d’Iroise.

Le libéralisme, la concurrence, le culte de la personnalité, l'ouverture des pratiques amateurs sur le marché du divertissement, le consumérisme et la sous-culture ont envahi le paysage culturel de notre nation aux travers des icônes préfabriqués du système.

Ainsi l'on voit fleurir les nouvelles figures du succès et pour avoir du succès à présent il ne suffit plus d'avoir du talent.

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La nuit des poses

La nuit des poses

Poème alchimique illustrant un conte musical dont le manuscrit a disparu.

Créé à l'origine pour des enfants il racontait l'histoire de Rosie la goutte et les mystères de « l'anima mundi ».

Ce qui m'en reste de mémoire, tient en ces quelques bribes qui résument assez maladroitement le sujet

au regard de sa forme et de son contenu pouvant paraître hermétique autant qu'énigmatique pour l'adulte,

mais qui n'échappe pas aux sens exacerbés d'un enfant.

Voici en substance, ce qu'il en reste.

La nuit des poses

La nuit dépose bien des choses

quand la terre est endormie

allons voir à l'aube la rose

à la source qui jaillit.

Tout ce qui vient d'en haut

et se pose ici bas

Tout croît, se métamorphose

C'est ainsi que la vie va.

La nuit dépose bien des choses

La vie va tant et si bien

allons voir à l'aube la rose

et la rosée du matin.

Éclat de perle de lune

déposée là en chemin.

Se dissipera la brume

Et tout ne fera plus qu'un.

La nuit dépose bien des choses

Et la bulle se souvient

toute la mémoire des choses

reste blottit en son sein.

De mystères en métamorphoses

de lumières en souffles divins,

la nuit dépose bien des choses

comme rosée du matin.

Rohan Le Barde

Le chant comme expression et culture populaire

Afin qu’aucune page de l’histoire des gens du pays de France ne soit oubliée

qu’ils soient professionnels ou amateurs passionnés, auteurs, collecteurs, historiens et archivistes s’emploient à publier le fruit de leurs recherches concernant les gens d’eau et plus particulièrement, les voituriers de la voie d’eau, les nautes, autrement dit, les bateliers.

En effet, ces dernières années, affluent, les ouvrages littéraires, historiques, sociologiques, ethnologiques, ethnomusicologiques, photographiques ou techniques, liés au milieu fluvial.

Il semble y avoir urgence à sauvegarder et cultiver un héritage menacé entre autres par l’ignorance, le manque d’intérêt général, l’uniformisation, les spéculations financières, l’internationalisation culturelle, conduisant à la disparition progressive de la mémoire populaire d’une corporation millénaire.

Grâce à ces ouvrages, le « d’à terre » en sait un peu plus sur l’histoire des voies navigables de France et la contribution de ses utilisateurs à l’essor industriel et économique de notre pays.

Il sait également que le marinier est un marginal fier et solitaire, farouche, gueulard et bagarreur car c’est souvent sous ces aspects qu’il est décrit.

Certes, le « d’à bord » est différent de vous et moi ( qui ne suis marinier que de par ma formation professionnelle, et non par filiation car dans le milieu, on est marinier parce qu’on né marinier ), il se distingue entre autre par sa mobilité, son vocabulaire et ses expressions, les uns impliquant les autres. 

« Au commencement était l'eau et de l'eau vint la vie …

Depuis l'aube de l'humanité les hommes se sont rassemblés aux abords des cours d'eaux afin d'y construire les premières sociétés »...

Avec la disparition des corporations des gens d'eaux, de leurs cultures et traditions, de leurs techniques et savoirs-faire et de leurs vocabulaires, l'homme perd ses racines, sa source, sa genèse et son histoire. Un peuple sans histoire est un peuple qui n'existe pas.

Combien de larmes de marinières et de mariniers j'ai vu couler le long de leurs visage ambrés et burinés par le temps, à l'écoute des témoignages enchantés qui reflètent leur vie de bonheurs et d'infortunes passée au fil des eaux sur lesquels ils sont nés ?

Qui s'est intéressé à ces gens si discrets, si farouches, si pudiques qui ne font que passer comme des étrangers ?

Peu loquaces avec les gens d'à terre, ils savent être bavards avec ceux qui leur rendent hommage.

Jusqu'à récemment, les chansons qui évoquent la batellerie étaient diffusent et n'étaient présentent au répertoire des chanteurs et chanteuses de cabarets et des groupes de chants de marins (qui pour un certain nombre d'entre eux ne comptent souvent pas plus de chanteurs que de marins), que pour agrémenter ce répertoire.

Si la Lorraine n'a à présent qu'un seul chantre pour évoquer la vie de ces gens d'eaux, d'autres régions ont leurs nouveaux trouvères, leurs conteurs et joueurs de sons.

La Loire et l'Allier se font de plus en plus entendre au travers de leurs troubadours des temps modernes, ainsi que la Dordogne et la Garonne, le canal de Nantes à Brest, le canal du midi et la Seine.

De tous ces chansonniers, peu à quelques exceptions près, ont élaborés un répertoire spécifique des mariniers ou de la vie batelière pour plusieurs raisons dont, le manque d'intérêt dans le marché du divertissement, le manque de documents, de collectages, d'archivages, de créations nouvelles et l'abandon de l'usage du chant au travail et du chant de travail ou évoquant les métiers d'autrefois, qui plus est s'ils ont disparus. 

C'est parce que je suis à la fois « d'à terre » et « d'à bord » que j'ai pu approcher ce peuple comme je l'ai fait et recueillir ce qu'en partie, je partage et livre dans cet ouvrage.

Pour leur rendre hommage

Et pour leur faire honneur

N’est point de plus beau témoignage

Que celui d’un chanteur.

J'invite donc tous les chansonniers dignent de ce nom, de mettre leur art au service de la culture en devenant les chantres de ce monde particulier, celui des gens d'eaux et de faire passer histoires, mémoires et savoirs.

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